L'Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee) vient de publier les résultats officiels du recensement 2025 de la Principauté de Monaco. Croissance démographique continue, vieillissement accéléré, recul historique de la communauté française : voici tout ce que révèlent ces chiffres inédits.
Qu'est-ce que le recensement de Monaco et qui le réalise ?
Chaque année, l'Imsee — l'Institut monégasque de la statistique et des études économiques — recense l'ensemble des résidents de la Principauté de Monaco. Contrairement au recensement français qui fonctionne par roulement quinquennal, Monaco procède à un comptage exhaustif annuel, ce qui offre une photographie démographique extrêmement précise et actualisée.
Le recensement 2025, portant sur la situation au 31 décembre 2025, a été publié au printemps 2026. Il couvre la population résidente légale, la répartition par nationalités, les tranches d'âge, l'emploi salarié et la distribution des logements par quartier.
À savoir : Monaco est l'un des seuls États au monde à publier un recensement complet chaque année. Cette fréquence permet de suivre avec précision les tendances démographiques d'un territoire de seulement 2,08 km², le deuxième plus petit État souverain du monde après le Vatican.
Population de Monaco en 2025 : une croissance continue depuis 25 ans
39 857 résidents officiels : un record historique
Fin 2025, Monaco comptait officiellement 39 857 habitants, soit 434 résidents supplémentaires par rapport à fin 2024. Cette progression confirme une tendance de fond : la population de la Principauté a augmenté de près de 7 000 habitants depuis l'an 2000, soit une hausse d'environ 21 % en un quart de siècle.
Évolution de la population résidente de Monaco (2000–2025)
Année | Population résidente | Variation annuelle | Âge moyen |
|---|---|---|---|
2000 | ≈ 32 800 | — | 44,8 ans |
2010 | ≈ 35 400 | +2 600 (décennie) | ~45,5 ans |
2020 | ≈ 38 300 | +2 900 (décennie) | ~46,4 ans |
2023 | 38 367 | — | ~46,9 ans |
2024 | 39 423 | +1 056 | ~47,0 ans |
2025 | 39 857 | +434 | 47,2 ans |
Pourquoi Monaco attire-t-elle autant de résidents ?
L'attractivité résidentielle de Monaco repose sur plusieurs facteurs structurels bien connus :
Fiscalité très avantageuse : absence d'impôt sur le revenu des personnes physiques pour les résidents (sauf les Français soumis à la convention franco-monégasque de 1963).
Sécurité exceptionnelle : Monaco est régulièrement citée comme l'une des villes les plus sûres au monde, avec un ratio policiers/habitants parmi les plus élevés.
Cadre de vie et services premium : accès aux meilleures infrastructures médicales, éducatives et culturelles sur 2 km².
Positionnement géographique stratégique : à la frontière franco-italienne, à 20 km de Nice et de son aéroport international.
Marché immobilier ultra-sélectif : seuls les titulaires d'un titre de séjour monégasque peuvent résider officiellement dans la Principauté.
Vieillissement démographique à Monaco : une Principauté qui grisonne
Un âge moyen de 47,2 ans, bien au-dessus de la France
Le recensement 2025 confirme une tendance lourde : l'âge moyen des résidents de Monaco atteint 47,2 ans, contre 44,8 ans en 2000. En vingt-cinq ans, la population a vieilli de 2,4 ans en moyenne. À titre de comparaison, la France métropolitaine affichait un âge moyen de 42,9 ans en 2025 selon l'Insee, soit 4,3 ans de moins que Monaco.
📊 En perspective : Si l'âge moyen de la population française a lui aussi progressé ces dernières décennies, le vieillissement à Monaco est structurellement plus rapide, en partie parce que les jeunes actifs et les étudiants y sont fortement sous-représentés — un phénomène directement lié au coût prohibitif du logement.
La pyramide des âges monégasque : les jeunes adultes absents
L'analyse par tranches d'âge révèle des déséquilibres frappants dans la structure démographique de la Principauté. Les classes d'âge les moins représentées sont précisément celles des jeunes actifs et des étudiants :
Répartition de la population monégasque par tranche d'âge (2025)
Tranche d'âge | Part de la population | Profil dominant |
|---|---|---|
0 – 16 ans | ~14 % | Enfants résidents |
17 – 24 ans | 7,1 % | Étudiants (très sous-représentés) |
25 – 34 ans | 9,9 % | Jeunes actifs (très sous-représentés) |
35 – 49 ans | ~18 % | Actifs en milieu de carrière |
50 – 64 ans | ~19 % | Seniors actifs |
65 – 75 ans | 16,2 % | Tranche la plus représentée |
75 ans et plus | ~16 % | Retraités aisés |
La tranche 65-75 ans est la plus représentée avec 16,2 % de la population. Ce phénomène s'explique en grande partie par le modèle économique même de Monaco : le prix du mètre carré résidentiel — parmi les plus élevés au monde, autour de 45 000 à 50 000 €/m² en 2025 — dissuade de fait les jeunes actifs de s'y installer, tandis que les retraités fortunés y trouvent un cadre fiscal et sécuritaire idéal.
Nationalités à Monaco en 2025 : qui sont les résidents de la Principauté ?
Les Monégasques, première nationalité pour la troisième année consécutive
Depuis 2023, les ressortissants monégasques sont devenus la première nationalité résidente de la Principauté. En 2025, ils représentent 24 % des habitants, soit près de 9 566 personnes sur 39 857.
Ce basculement est historique : il y a encore quelques décennies, les Monégasques étaient minoritaires dans leur propre État. Cette évolution résulte à la fois d'une politique d'attribution de la nationalité monégasque plus inclusive et d'un recul progressif des autres communautés, notamment française.
Le recul historique des Français à Monaco
La communauté française de Monaco représentait près de 60 % de la population en 1962. En 2025, cette part est tombée à 21,3 %. Ce déclin, amorcé dès les années 1970, reflète à la fois l'augmentation du coût de la vie, les contraintes de la convention fiscale franco-monégasque de 1963 qui soumet les ressortissants français résidant à Monaco à l'impôt français, et la diversification croissante de l'immigration vers la Principauté.
Paradoxalement, les Français restent les plus nombreux parmi les nouveaux arrivants : ils constituent 30,7 % des nouvelles installations enregistrées en 2025, devant les ressortissants d'autres pays européens.
La mosaïque internationale de Monaco
Après les Monégasques (24 %) et les Français (21,3 %), les Italiens constituent la troisième nationalité avec 19,5 % des résidents. On dénombre ensuite plus de 27 autres nationalités différentes, témoignant du caractère cosmopolite exceptionnel de la Principauté.
Principales nationalités résidentes à Monaco en 2025
Nationalité | Part de la population (2025) | Évolution depuis 1962 |
|---|---|---|
🇲🇨 Monégasques | 24,0 % | 1ʳᵉ nationalité depuis 2023 |
🇫🇷 Français | 21,3 % | En fort recul (≈ 60 % en 1962) |
🇮🇹 Italiens | 19,5 % | Stable |
Autres nationalités (27+) | ~35 % | En hausse continue |
Parmi ces 27 autres nationalités figurent notamment des ressortissants britanniques, canadiens, australiens, marocains, libanais, ainsi que des ressortissants d'Amérique du Sud, d'Asie et d'Afrique. La part des nationalités autres que française n'a cessé de progresser depuis les années 1960, reflet de la mondialisation des flux de résidents fortunés.
Emploi et travail à Monaco : 9 salariés sur 10 vivent en dehors de la Principauté
Un taux d'emploi résidentiel de seulement 35,8 %
L'une des spécificités les plus frappantes de l'économie monégasque est le décalage massif entre les lieux de travail et les lieux de résidence. En 2025, le taux d'emploi salarié des résidents monégasques de 18 à 64 ans s'élève à 35,8 %, en légère baisse de 0,7 point par rapport à 2024.
Concrètement, cela signifie que moins de 4 résidents sur 10 en âge de travailler exercent leur activité à Monaco. La grande majorité des salariés qui font tourner l'économie monégasque — banques, commerce de luxe, hôtellerie, construction, services — habitent en France voisine (Nice, Menton, Beausoleil, Cap-d'Ail…) ou en Italie (Vintimille, Bordighera…).
Pourquoi la plupart des travailleurs monégasques ne résident-ils pas à Monaco ?
Le coût du logement : avec un prix médian autour de 45 000 à 50 000 €/m², la quasi-totalité des salariés ordinaires ne peuvent financièrement pas résider dans la Principauté.
L'accès conditionné au titre de séjour : pour obtenir le droit de résider officiellement à Monaco, il faut justifier d'un logement sur le territoire, ce qui crée un cercle vertueux pour les plus aisés et une barrière infranchissable pour les autres.
La proximité géographique : la Principauté est facilement accessible depuis les communes voisines françaises et italiennes, réduisant la pression à l'installation locale.
Logements à Monaco en 2025 : Monte-Carlo, quartier le plus peuplé
Une densité résidentielle record sur 2 km²
Le recensement ne porte pas seulement sur les personnes : il recense également les logements répartis sur les dix quartiers officiels de la Principauté. Avec une superficie de 2,08 km², Monaco est le pays le plus densément peuplé du monde avec plus de 19 000 habitants au km².
Monte-Carlo domine, Monaco-Ville ferme la marche
Répartition des logements par quartier à Monaco (2025)
Quartier | Part des logements | Caractéristique principale |
|---|---|---|
Monte-Carlo | 23,8 % | Quartier le plus peuplé, casino, hôtels de luxe |
La Condamine | ~15 % | Port, commerces, vie locale |
Larvotto | ~13 % | Zone balnéaire résidentielle |
Fontvieille | ~12 % | Zone industrielle et commerciale |
Moneghetti / Les Révoires | ~11 % | Résidentiel collinaire |
Saint-Michel / Jardin Exotique | ~10 % | Résidentiel mixte |
La Rousse | ~9 % | Résidentiel aisé |
Autres quartiers | ~6 % | — |
Monaco-Ville (le Rocher) | 2,7 % | Quartier historique, Palais Princier |
Monte-Carlo concentre à lui seul 23,8 % des logements de la Principauté, confirmant son statut de centre névralgique résidentiel et touristique. À l'opposé, Monaco-Ville — le Rocher historique surplombant la mer, siège du Palais Princier et de la Cathédrale — ne regroupe que 2,7 % des logements. Essentiellement occupé par des institutions officielles et quelques rares résidences privées, ce quartier est davantage un lieu de représentation qu'un quartier résidentiel ordinaire.
Ce que les chiffres 2025 révèlent sur l'avenir démographique de Monaco
Trois grandes tendances qui se confirment et s'accélèrent
Au-delà des chiffres bruts, le recensement 2025 de Monaco dresse le portrait d'une Principauté en profonde mutation démographique. Trois tendances majeures structurent cette évolution :
Une croissance démographique robuste mais concentrée : Monaco gagne régulièrement des résidents, mais essentiellement dans les tranches d'âge supérieures à 50 ans. La croissance n'est pas portée par l'arrivée de jeunes familles mais par celle de retraités et de seniors fortunés à la recherche d'un cadre fiscal avantageux.
Un vieillissement structurel sans correction visible : avec un âge moyen de 47,2 ans (contre 42,9 ans en France), Monaco vieillit deux fois plus vite que sa voisine. Sans politique volontariste d'accueil des jeunes ménages — ce qui paraît difficile vu les prix du marché immobilier —, cette tendance devrait se poursuivre.
Une internationalisation croissante et irréversible : la part des nationalités non-européennes est en hausse constante. Monaco s'affirme comme une destination mondiale pour les ultra-riches de tous les continents, loin de son image d'antan de colonie française sur la Riviera.
Quelles perspectives pour Monaco à l'horizon 2030 ?
Si les tendances actuelles se maintiennent, Monaco devrait franchir le seuil symbolique des 41 000 habitants d'ici 2028-2030. Le projet de Portier Cove — extension artificielle de 6 hectares sur la mer — pourrait accueillir à terme environ 1 000 nouveaux résidents dans un quartier entièrement neuf, contribuant à la poursuite de cette croissance démographique. Mais il ne changera pas fondamentalement le profil sociologique de la Principauté : aisé, âgé, et de plus en plus international.
À retenir : Monaco est aujourd'hui l'État le plus riche au monde en PIB par habitant (estimé à plus de 185 000 $ par an), le plus densément peuplé et l'un des plus vieillissants. Ces trois records sont étroitement liés et constituent les paradoxes fascinants d'une Principauté unique en son genre.



