JO d'hiver 2030 : Vincent Roberti nommé directeur général du COJOP, un préfet face aux dossiers les plus brûlants de l'Olympisme français

À moins de quatre ans de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver des Alpes françaises 2030, le Comité d'organisation (COJOP) sort de plusieurs mois de turbulences avec une nomination attendue : Vincent Roberti, préfet du Tarn-et-Garonne, a été proposé ce 5 mai 2026 par le président Edgar Grospiron pour prendre le poste de directeur général, officialisé lors du bureau exécutif du 12 mai. Il succède à Cyril Linette, dont le départ fracassant en février 2026 avait plongé l'instance dans une crise de gouvernance inédite. Sa mission est aussi claire qu'urgente : stabiliser l'organisation et trancher une série de dossiers brûlants, du hockey sur glace à Nice jusqu'à la validation finale de la carte des sites par le CIO, attendue fin juin 2026.
Qui est Vincent Roberti, le nouveau numéro 2 des JO 2030 ?
Un haut fonctionnaire de l'État, ingénieur et administrateur général
Né en 1966, Vincent Roberti, 59 ans, est un profil atypique pour un comité olympique. Là où son prédécesseur Cyril Linette représentait le monde des médias sportifs et du management privé, Roberti est un pur produit de l'administration d'État.
Ingénieur de formation, il est administrateur général de l'État — l'un des corps les plus élevés de la haute fonction publique française. Son parcours professionnel se distingue par une double compétence :
une expertise dans les grands projets institutionnels complexes, acquise au fil de postes au sein de l'administration centrale du ministère de l'Intérieur et des Outre-mer, où il a dirigé les fonctions d'achat, de finances et d'immobilier,
une expérience de terrain à travers différentes fonctions au sein de l'administration préfectorale et en collectivité territoriale, notamment en Isère et dans le Rhône.
Depuis 2023, il exerce les fonctions de préfet du Tarn-et-Garonne.
Pourquoi lui plutôt que Jean-François Vilotte ?
Ces dernières semaines, le nom de Jean-François Vilotte, directeur général de la Fédération française de football (FFF), avait circulé avec insistance comme favori pour le poste. Vilotte a clarifié sa position sans équivoque : "Je n'étais pas candidat, on m'a proposé le poste et je l'ai étudié. J'ai décidé de ne pas donner suite pour faire le choix positif de rester auprès de la FFF et de son président. J'en ai informé le président du Cojop ce matin, pour lequel j'ai beaucoup d'estime."
Pour le COJOP, le choix de Roberti s'explique par son profil de gestionnaire public : "Il présente un parcours de grande qualité, marqué par la conduite de projets complexes, la transformation d'organisations de grande ampleur et la gestion d'environnements institutionnels sensibles", a précisé le comité dans son communiqué du 5 mai.
Dans un contexte où la crise de gouvernance des mois précédents avait révélé des dysfonctionnements organisationnels profonds, nommer un préfet — habitué à travailler dans des environnements sous tension, avec des interlocuteurs institutionnels multiples — constitue un signal politique fort.
La crise qui a précédé : retour sur une cascade de démissions
Pour comprendre l'enjeu de cette nomination, il faut revenir sur les neuf mois de turbulences qui ont précédé.
Avril 2025 : la naissance du COJOP et la nomination de Cyril Linette
Le COJOP Alpes Françaises 2030 a officiellement vu le jour lors de son assemblée générale constitutive du 18 février 2025. Un mois et demi plus tard, le 17 avril 2025, le bureau exécutif validait la nomination de Cyril Linette comme directeur général, sur proposition d'Edgar Grospiron. Journaliste de formation, ancien directeur du pôle sports de Canal+, puis à la tête du groupe L'Équipe et du PMU, Linette représentait le mariage entre l'univers médiatique et le management d'entreprise.
Fin 2025 - début 2026 : la cascade
La construction de l'organisation a rapidement révélé des tensions internes. En l'espace de quelques mois :
La directrice des opérations Anne Murac démissionne en décembre 2025,
Le directeur de la communication Arthur Richer quitte ses fonctions en janvier 2026,
Bertrand Méheut, ex-président de Canal+ et de PMU (proche de Linette), démissionne en février 2026 de son poste de président du comité des rémunérations, entraînant deux autres membres de cette instance avec lui. Dans un courrier interne rendu public, il accuse Edgar Grospiron de se comporter "comme s'il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence".
11 février 2026 : la rupture Grospiron-Linette, en plein Milan-Cortina
Le coup de théâtre survient le 11 février 2026, en pleine première semaine des Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026. Les parties prenantes du COJOP "prennent acte de désaccords insurmontables entre le président Edgar Grospiron et le directeur général Cyril Linette". Deux semaines plus tard, le 25 février, Linette quitte officiellement ses fonctions.
Devant les sénateurs, Grospiron invoque une "clause de confidentialité" pour ne pas détailler les motifs. La ministre des Sports Marina Ferrari annonce le lancement d'une mission d'inspection gouvernementale.
Mars-avril 2026 : l'intérim de Michel Cadot
Depuis début mars 2026, l'intérim est assuré par Michel Cadot, ancien délégué interministériel aux Jeux de Paris 2024 — l'un des architectes du succès organisationnel des JO d'été. Parallèlement, l'ancien directeur général de Paris-2024, Étienne Thobois, pilote une "mission d'accompagnement" sur la réorganisation de la gouvernance.
Date | Événement |
|---|---|
18 févr. 2025 | Création du COJOP, Edgar Grospiron élu président |
17 avr. 2025 | Cyril Linette nommé directeur général |
Déc. 2025 | Démission de la directrice des opérations |
Janv. 2026 | Démission du directeur de la communication |
2 févr. 2026 | Démission de Bertrand Méheut (comité des rémunérations) |
11 févr. 2026 | "Désaccords insurmontables" Grospiron-Linette annoncés |
25 févr. 2026 | Départ officiel de Cyril Linette |
Mars 2026 | Intérim de Michel Cadot |
5 mai 2026 | Proposition de nomination de Vincent Roberti |
12 mai 2026 | Validation par le bureau exécutif |
Les cinq dossiers brûlants que Roberti doit trancher d'urgence
1. Le hockey sur glace : un enjeu à 31 % des recettes nationales
C'est le dossier le plus explosif que Roberti hérite. Le tournoi de hockey sur glace masculin des JO 2030 était prévu à Nice, dans l'Allianz Riviera — le stade de l'OGC Nice — avec une couverture provisoire du toit pour créer une patinoire temporaire.
Problème : le nouveau maire de Nice, Éric Ciotti (UDR-RN), élu en mars 2026, s'y oppose fermement. La couverture du toit priverait l'OGC Nice de son stade pendant plusieurs mois — et le club de football est présidé par Jean-Pierre Rivère, un proche de Ciotti.
L'enjeu financier est considérable. Selon un rapport de l'Inspection générale publié au printemps 2025, le hockey représente à lui seul environ 31 % des recettes nationales attendues pour ces Jeux. Perdre cette épreuve dans les Alpes aurait des conséquences budgétaires directes sur le COJOP.
Deux solutions de repli sont actuellement à l'étude :
La LDLC Arena de Lyon (Décines-Charpieu), qui doit d'ailleurs accueillir le Championnat du monde 2028 avec Paris,
L'Accor Arena de Paris (Bercy), dont l'opérateur Paris Entertainment Company a déposé sa candidature.
Le président de la Fédération française de hockey sur glace, Pierre-Yves Gerbeau, a résumé l'état d'esprit du monde sportif : "On est vraiment dans l'expectative, il faut qu'on ait des réponses et que ce soit réglé, ça urge, on n'a plus le temps !"
2. Le bras de fer Muselier-Ciotti : Nice à la croisée des chemins
Au-delà du hockey, c'est toute la place de Nice dans les JO 2030 qui est en jeu. La ville de la Baie des Anges devait constituer le grand pôle des sports de glace : hockey sur glace, patinage artistique, short-track et curling, mais aussi le village olympique, un centre des médias et la cérémonie de clôture.
Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et Éric Ciotti se renvoient mutuellement la responsabilité du blocage, après une réunion sans issue du 18 avril. Si Nice perdait ses sites, la région PACA ne serait plus représentée que par le seul pôle briançonnais — Serre-Chevalier et Montgenèvre pour le snowboard et le ski acrobatique.
La ville de Nice envisage de son côté de réaffecter les 85 millions d'euros prévus pour les équipements olympiques à des équipements de proximité et à une baisse des impôts locaux, si le bras de fer tourne à son avantage.
3. L'anneau de vitesse : les Pays-Bas en pôle position
Autre dossier structurant : les épreuves de patinage de vitesse longue distance. Faute d'équipement adapté en France — et dans une logique de sobriété assumée depuis la candidature —, le COJOP a ouvert des discussions exclusives avec les Pays-Bas pour accueillir ces épreuves à la patinoire Thialf de Heerenveen, l'une des meilleures du monde, devant l'Oval Lingotto de Turin (Italie) qui avait été hôte lors des JO de 2006.
Cette décision confirme que les JO 2030 prendront une dimension européenne inédite : des épreuves françaises disputées à plus de 1 000 kilomètres des Alpes.
4. La répartition du ski alpin : Val d'Isère en tête
Pour les épreuves techniques de ski alpin, Val d'Isère semble prendre la main sur Méribel. En mai 2026, la station a adopté en conseil municipal une "lettre d'intention" formalisant sa candidature pour les épreuves de slalom et de slalom géant sur la face de Bellevarde. Le nouveau maire de la station, Bernard Front, élu en mars 2026, soutient le projet, à la différence de l'ancienne municipalité.
Courchevel et Méribel restent positionnées pour d'autres disciplines de ski alpin et pour les épreuves des Jeux paralympiques.
5. La carte des sites : une validation CIO à boucler avant fin juin
L'ensemble de ces arbitrages doit aboutir à une carte définitive des sites, dont la validation par le Comité international olympique (CIO) est attendue avant la fin du mois de juin 2026. Edgar Grospiron avait lui-même reconnu devant les sénateurs, fin février, "quatre mois de retard" sur la finalisation de cette carte.
Pierre-Olivier Beckers-Vieujant, président de la commission de coordination du CIO pour les JO 2030, avait appelé de ses vœux "l'unité entre les institutions à tous les niveaux politiques" — un appel interprété comme une mise en garde directe à l'adresse des élus locaux.
Vincent Roberti peut-il stabiliser un COJOP sous pression ?
Le pari du profil préfectoral
L'arrivée d'un préfet à la direction du COJOP n'est pas anodine. Elle marque une réorientation claire vers la gestion publique d'un projet complexe à contraintes multiples. Là où Cyril Linette apportait une vision médiatique et entrepreneuriale, Roberti apporte les outils d'un administrateur d'État rompu aux négociations inter-institutionnelles, aux relations avec les élus, et à la gestion de situations sensibles.
Son profil colle précisément au type de blocages que rencontrent les JO 2030 : des désaccords entre un maire, un président de région, un gouvernement et un comité olympique international. Un préfet, par définition, sait naviguer entre ces niveaux d'autorité.
Des jalons immédiats sous haute surveillance
Roberti prend ses fonctions dans un calendrier extrêmement contraint. Les prochaines semaines seront décisives :
Début juin : décision sur le site du hockey masculin (Nice, Lyon ou Paris)
Fin juin : validation de la carte complète des sites par le CIO
Été 2026 : lancement des appels d'offres pour les équipements non encore attribués
2027 : montée en puissance opérationnelle des équipes sur le terrain
La nomination de Vincent Roberti n'est pas seulement une décision de gouvernance interne : c'est un test grandeur nature pour savoir si les JO 2030 des Alpes françaises parviendront à se remettre en piste à temps.
Ce qu'il faut retenir
Vincent Roberti, 59 ans, préfet du Tarn-et-Garonne, a été nommé le 12 mai 2026 directeur général du COJOP Alpes Françaises 2030. Il succède à Cyril Linette, parti en février 2026 après des "désaccords insurmontables" avec le président Edgar Grospiron, dans un contexte de démissions en série. L'intérim avait été assuré par Michel Cadot depuis début mars. Roberti doit trancher en urgence : le sort du hockey sur glace (31 % des recettes, impasse à Nice entre Muselier et Ciotti), la délocalisation du patinage de vitesse aux Pays-Bas, la répartition du ski alpin entre Val d'Isère et Courchevel, et la validation de la carte des sites par le CIO avant fin juin 2026.